Nox Oculis


Joachim du Bellay (vers 1522-1560)

Poète français, auteur des Regrets, qui fut l'un des membres de la Pléiade.

Joachim du Bellay est né près de Liré, en Anjou, au sein d'une famille de notables provinciaux de grand renom. C'est à Poitiers, où il étudie le droit (1545) qu'il commence à s'intéresser à la poésie. Il se lie d'ailleurs à cette époque avec des poètes tels que Jean de La Péruse, Jacques Peletier du Mans, tous deux futurs membres de la Brigade, mais surtout avec Pierre de Ronsard, dont il fait la connaissance en 1547, et qui deviendra son meilleur ami en même temps que son plus grand rival en matière de poésie et de renommée. Avec ce dernier, en effet, il gagne Paris et intègre le collège humaniste de Coqueret, où il rencontre encore Jean Antoine de Baïf. Ce collège du Quartier latin est alors dirigé par l'érudit Jean Dorat (qui rejoindra le groupe de la Brigade à l'invitation de Ronsard), admirateur fervent et traducteur exigeant des grands auteurs de l'Antiquité grecque et romaine. Du Bellay s'y trouve bientôt admis dans un cercle restreint de lettrés dont la principale occupation est l'étude et la pratique des textes anciens et des poètes italiens. Ce cercle, alors baptisé « la Brigade » (puis plus tard et par hasard, la Pléiade), prend le parti, pour la première fois après la publication en 1548 de l'Art poétique du rhétoriqueur Thomas Sébillet, qui préconise aussi bien l'usage des formes médiévales françaises que des formes antiques, d'exposer et de développer une véritable théorie littéraire et savante.

En réponse à Sébillet, avec lequel en réalité le désaccord est mince, et au nom de la Brigade, du Bellay rédige une sorte d'art poétique intitulé Défense et Illustration de la langue française. Dans cet opuscule généralement considéré comme le manifeste de la Brigade, le poète préconise, contre les défenseurs du latin et les poètes marotiques, l'usage de la langue française en poésie. Il appelle en outre de ses vœux l'enrichissement du vocabulaire par la création de termes nouveaux (abréviations de termes existants, création de mots composés, réactivation du sens des racines anciennes, etc.). Les emprunts à d'autres langues, régionales ou étrangères (grecque et latine notamment), sont également conseillés, à condition que les mots choisis soient adaptés en français. Du Bellay recommande aussi d'abandonner les formes poétiques médiévales employées jusqu'à Clément Marot et préconise l'imitation des genres en usage dans l'Antiquité, tels que l'élégie, le sonnet, l'épopée ou l'ode lyrique, mais aussi la comédie et la tragédie. L'art du poète, tel que le définissent du Bellay et ses confrères, consiste donc à se consacrer à l'imitation des Anciens, tout en respectant certaines règles de versification spécifiquement françaises ; son but ne doit pas être celui de distraire seulement, mais de célébrer des valeurs éternelles et de chanter les louanges des grands hommes, qui se trouvent ainsi voués à l'immortalité grâce à la beauté des vers.

De 1555 à 1557, du Bellay vit à Rome, pour y remplir la fonction de secrétaire auprès de son oncle le cardinal Jean du Bellay. Ce séjour au pays d'Horace et de Pétrarque le séduit d'abord, puis le déprime profondément. D'une santé fragile, isolé par la surdité dont il est atteint, et surtout nostalgique de son Anjou natal, il ne peut apprécier la beauté de Rome sans amertume : le spectacle des ruines qui le plonge dans une sombre méditation sur le déclin de toute chose, lui inspire le recueil Les Antiquités de Rome, publié à son retour en France, en 1558. Ce recueil de trente-deux sonnets, suivi d'un Songe de quinze sonnets, d'une tonalité grave et presque solennelle, reprend un motif traditionnel de la poésie consacrée à Rome, puisqu'il chante la gloire passée de la Rome antique, contrastant violemment, aux yeux du poète, avec la Rome dans laquelle il évolue, celle des papes, où il ne voit que luxure, bassesse et compromission. Du Bellay renouvelle pourtant ce thème, en élargissant l'objet de sa déploration à la disparition fatale de toute chose créée, ce qui donne lieu à une méditation sincère et émouvante sur le temps destructeur et sur la vanité de l'existence. À Rome, il compose aussi son célèbre recueil Les Regrets, publié à Paris la même année que Les Antiquités de Rome. Ce recueil de cent quatre-vingt onze sonnets, à la fois lyrique et satirique, se présente comme le tableau intime des états de l'âme naturellement insatisfaite du poète, en particulier de sa nostalgie profonde de la France et de la campagne angevine. Comparé aux Antiquités de Rome, Les Regrets est, aux yeux de son auteur, un projet poétique plus modeste, car plus personnel : ce n'est plus Rome qui occupe ici le devant de la scène, mais la mélancolie et les « regrets » de l'auteur, saisis au jour le jour et composés dans une langue simple délaissant les artifices de la rhétorique et le style élevé.

À son retour en France, du Bellay publie aussi d'autres recueils de tonalité plus légère, tels les Divers Jeux rustiques (1558), les Poemata en latin (1558), ou le satirique Poète courtisan (1559), tout en se consacrant à des travaux de traduction (comme la traduction de deux livres de l'Énéide de Virgile ou du Sympose de Platon en 1559), d'imitation des Antiques (Recueil de poésie revu et augmenté par l'auteur, en 1560) et à la poésie officielle ou de louange (Louange de la France, en 1560, ou Sonnets à la Royne de Navarre, publiés à titre posthume en 1561), qui font de lui l'un des plus éminents spécialistes de son temps.

Revenu d'Italie en mauvaise santé et épuisé par la maladie, du Bellay meurt à Paris à l'âge de trente-sept ans.


Astres cruels, et vous dieux inhumains


Déjà la nuit en son parc amassait...


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